On le sait, la pierre angulaire du retrait qui verra un jour ou l’autre les forces occidentales quitter le Pays de l’insolence, c’est l’aptitude que montreront militaires et policiers afghans à prendre la relève. Si l’on en croit Ben BRODY, journaliste au Global Post, ce n’est pas gagné. L’homme a, en Afghanistan, récemment assisté à un assaut aéromobile mené à proximité de Talukan par une centaine de soldats américains épaulant environ 300 Afghans et voici en quels termes il relate cette expérience exaltante : « lorsque les six Chinook atterrirent dans les champs au clair de lune, des courants d’air violents et de la poussière cinglante envahirent la carlingue des hélicoptères. Les soldats afghans se mirent en devoir de descendre nonchalamment les rampes alors que les Américains s’époumonaient en vain à leur crier qu’il fallait courir pour se mettre à couvert. » Et ce n’est là qu’un hors d’œuvre. Un peu plus loin dans son article, Ben BRODY explique s’agissant de l’installation dans Talukan même : « alors que les troupes américaines s’affairaient à remplir des sacs de sable, des soldats afghans pénétrèrent par effraction dans les échoppes du bazar afin de voler de la nourriture, des vêtements ainsi que des objets de valeur. (...) Bien qu’ils mangeassent des rations MRE en plus des aliments volés, les hommes d’une des trois unités afghanes présentes à Talukan refusèrent de partir en patrouille tant qu’on ne leur donnerait pas des rations MRE halal. Les soldats appartenant à une autre des unités afghanes refusèrent de patrouiller sous prétexte que leur compagnie avait été répartie sur plusieurs fortins (...). Certains des fantassins afghans négligèrent d’apporter des munitions pour leurs armes et se plaignirent que la zone était trop dangereuse pour qu’ils y patrouillent. » Alors certes, cela n’est qu’une tranche de vie ponctuelle qu’il faut se garder de généraliser trop hâtivement. Il n’empêche : les constats de ce genre ont une fâcheuse tendance à se multiplier, en tout cas plus rapidement que ceux allant en sens inverse. Car c’est outre-Atlantique une tendance maintes fois relevée : le Pentagone communique avant tout en termes de chiffres, mettant l’accent sur le nombre de soldats afghans nécessaire pour prendre la relève tout en étant beaucoup plus discret pour des raisons de propagande sur l’impérieuse nécessité de leur conférer des aptitudes opérationnelles minimales. Un discours en contradiction avec ce que les observateurs constatent de plus en plus souvent sur le terrain.
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