La mise en place de scanners corporels dans les aéroports n’en finit pas de susciter des polémiques centrées non seulement sur les atteintes à l’intimité mais aussi plus généralement sur l’efficacité de la démarche consistant à persister dans l’illusion voulant que chaque menace peut être contrée par la technologie. C’est ainsi que, s’exprimant dans les pages du Register, Marijn ORNSTEIN, qui dirige les services de sûreté assurant la protection de l’aéroport d’Amsterdam, a déclaré : « si vous examinez tous les incidents terroristes récents, vous vous apercevez que les bombes ont été détectées grâce au renseignement d’origine humaine et non pas grâce aux examens que subissent les passagers. (...) Si seulement une fraction de ce qui est dépensé pour la mise en place de ces examens avait été investi au profit des services de renseignement, nous aurions réellement accompli un pas en avant vers des transports aériens plus sûrs et plus agréables. » C’est une thèse allant dans le même sens qui a été défendue par Patrick SMITH dans les pages du Los Angeles Times. Sous le titre « La stratégie de la sûreté aérienne mise en place par la Transportation Security Administration n’est pas viable », ce pilote d’avion y publie un article au vitriol dans lequel il conclut qu’empêcher « les terroristes de monter à bord des avions est le travail des agences de maintien de l’ordre ainsi que des services de renseignement et non pas celui des employés de la TSA armés de scanners et mettant en œuvre de procédures de fouilles à corps indiscrètes. » S’il n’apparaît pas utile d’aller jusqu’à recommander un choix exclusif entre les activités d’espionnage d’une part et celles confiées aux employés de sûreté travaillant dans les aéroports d’autre part, on doit à tout le moins reconnaître que cette omniprésence de la technologie fait le bonheur des actionnaires sans avoir en contrepartie prouvé son efficacité réelle. Quant aux procédures de fouille visant les passagers, force est de constater que leur application systématique non seulement peine à induire des résultats probants mais est par ailleurs facilement mise en défaut, ce que divers tests n’ont cessé de prouver. Et puis une logique délétère veut que chaque méthode employée par les terroristes génère une nouvelle procédure. Il y a eu Richard REID et ses chaussures piégées : on a prié tous les passagers d’enlever leurs godasses. Il y a eu les explosifs liquides : on a interdit bouteilles et flacons. Il y a eu les sous-vêtements explosifs : on a institué les scanners corporels et les fouilles à corps. On sait par ailleurs divers responsables en matière de sûreté être désormais à la recherche de tactiques, techniques et procédures permettant de contrer une “mule” terroriste (par analogie aux passeurs de drogue qui ingèrent des boulettes) pouvant activer sa charge au moyen d’un système de mise à feu dissimulé dans un bijou ou dans une montre-bracelet. Il y a aussi eu l’attentat, le 28 août 2009 en Arabie Saoudite, contre le prince Mohammed bin Nayef au moyen d’un engins explosif improvisé dissimulé dans une cavité naturelle. Si l’on respecte cette logique, pourquoi pas les rayons X ou le toucher vaginal voire la fibroscopie rectale systématique afin d’éviter une redite ? Ou encore la palpation mammaire méthodique pour empêcher, comme on en évoque la possibilité ici ou là, une femme kamikaze d’emporter quelques centaines de grammes d’explosif dans de faux seins ? Il existe au moins un exemple d’une femme irakienne ayant, dans le courant du mois de juin 2008, feint une grossesse pour dissimuler un EEI afin de le faire exploser dans le cadre d’une attaque coordonnée visant une cérémonie de mariage. Se dirige-t-on en conséquence vers la systématisation des écographies pour les passagères enceintes ? On le voit : il s’agit là d’une démarche qui trouve très vite ses limites sauf à vouloir favoriser la progression des chiffres d’affaires propres aux industriels du lobby sécuritaire.
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