Laisser sciemment abattre un U-2...

© Jean-Jacques CECILE, 30 décembre 2010



Relatée par Bruce ROLFSEN, de Defense News, l’affaire a été révélée par le Général Hugh SHELTON, ex-président du Comité conjoint des chefs d’état-major américain (équivalent du chef d’état-major des armées français), dans la nouvelle autobiographie qu’il a fait paraître en octobre dernier. Nous sommes à la fin des années 90, l’Irak fait l’objet d’une surveillance tatillonne au nord du 36e parallèle dans le cadre de Northern Watch et au sud du 33e parallèle dans le cadre de Southern Watch ; des avions-espions U-2 Dragon Lady participent aux opérations. A Washington, les membres de l’administration Clinton organisent des petits-déjeuners hebdomadaires prenant la forme de séances de brain storming informelles au cours desquelles tout un chacun est encouragé à mettre sur le tapis les idées les plus farfelues sur les sujets les plus divers. L’un des conseillers se montre intéressé par la reprise des hostilités contre l’Irak afin de provoquer la chute de Saddam HUSSEIN. Mais il y manque un prétexte. C’est alors que le haut fonctionnaire, se souvenant sans aucun doute de l’affaire Gary POWERS survenue le 1er mai 1960, s’adresse en ces termes au général SHELTON : « Hugh, je sais que je ne devrais même pas vous demander cela, mais ce dont nous avons besoin pour y retourner et évincer Saddam est un événement déclencheur - quelque chose qui nous permette de continuer à regarder le reste du monde les yeux dans les yeux. Pourriez-vous faire en sorte qu’un U-2 vole assez bas - et assez lentement - afin qu’il soit garanti que Saddam puisse l’abattre ? » Envoyer de sang froid un pilote à la mort ? Le général SHELTON confie avoir eu énormément de mal à se contenir. L’officier étoilé se remémore avoir répondu en substance : « mais oui nous pouvons. Si vous en êtes le pilote, naturellement... »
Un U-2 Dragon Lady appartenant au 99th Expeditionary Reconnaissance Squadron.