Télévision antiterroriste

© Jean-Jacques CECILE, 19 janvier 2011



« La télévision, c’est l’opium du peuple », nous affirme un adage devenu populaire ; on pourrait ajouter : une drogue sachant au besoin annihiler certaines velléités terroristes. Deux informations étayent ce constat. Le premier exemple nous amène à prendre le chemin de l’Afghanistan pour y retrouver Rod NORDLAND, journaliste au New York Times. Au pays de l’insolence existe une unité antiterroriste rattachée à la police et dénommée Eagle Four ; elle est composée de deux hommes ainsi que de deux femmes dont le quotidien consiste à « démanteler les réseaux d’enfants kamikazes, à arrêter les seigneurs de la drogue et les ministres du gouvernement (jusque et y compris lorsque ce sont les mêmes) ainsi qu’à enfoncer les portes derrières lesquelles des diplomates sont retenus en otages. » C’est trop beau pour être vrai. Justement : Eagle Four est une série télévisée en treize épisodes régulièrement diffusée sur Tolo TV, une chaîne bénéficiant d’un financement généreux versé par l’ambassade américaine à Kaboul. Le but ? Améliorer l’image de la police afghane qui souffre auprès du public d’une très mauvaise réputation et, accessoirement, servir de vidéo d’instruction ou encore de travaux pratiques pour l’industrie télévisuelle locale. Le tournage de la série a été émaillé de rebondissements emblématiques du grand écart qu’est en train de subir la société afghane entre valeurs traditionnelles d’une part et mode de vie à l’occidentale d’autre part. Un seul exemple : les deux vedettes féminines ont eu quelques problèmes à faire admettre à leurs époux ainsi qu’à leurs pères qu’il était nécessaire de tourner certaines scènes de nuit ! En Arabie Saoudite par ailleurs, ce sont Desperate Housewives ainsi que le Late Show de David LETTERMAN qui, selon des sources proches de l’ambassade américaine, contribuent à éloigner la jeunesse des sirènes du terrorisme intégriste, nous révèle un message daté de mai 2009, rendu public par WikiLeaks et distingué par Robert BOOTH pour le média britannique The Guardian. D’où le titre de l’article : « Le jihad ? Excusez-moi, je ne veux pas rater Desperate Housewives. » C’est ainsi que ces deux émissions plus quelques autres telles que Friends auraient fait de la chaîne MBC 4 ainsi que de la branche médiatique groupe Rotana (un bouquet de six chaînes télévisées), tous deux saoudiens, des instruments plus utiles dans la guerre des idées qu’al-Hurra, une autre chaîne télévisée quant à elle d’information continue financée par le contribuable américain à hauteur de 500 millions de dollars. Précisons que le capital de Rotana comprend une participation de News Corp, le groupe médiatique américain qui possède en particulier Fow News, un média proche des néoconservateurs totalement dénué de mansuétude à l’égard de l’Islam radical. A contrario, la chaîne Rotana Khalijiya est bien connue dans le monde arabe pour avoir diffusé une série turque extrêmement critique à l’égard des autorités israéliennes en général et du Mossad en particulier, état de fait qui a récemment été au cœur de tensions diplomatiques entre l’Etat hébreu et Ankara.