C’est une histoire assez étonnante sur laquelle un article signé de Michael BIRNBAUM et publié fin mars dans les pages du Washington Post attire notre attention : confrontées à la nécessité d’assumer l’héritage légué par le service de renseignement pour la sûreté intérieure (Mabahith Amn al-Dawla, également connu sous l’acronyme anglo-saxon SSIS pour State Security Investigations Service), les autorités égyptiennes ont fait appel à la République Fédérale d’Allemagne dont l’administration a en la matière l’expérience du démantèlement de la Stasi est-allemande. C’est la raison pour laquelle une équipe venue de Berlin a récemment séjourné au Caire pendant trois jours et les deux parties espèrent qu’il ne s’agit là que d’un début. Du côté égyptien, l’affaire a été traitée par Hani Abdel LATIF, un officiel du Ministère de l’Intérieur, qui s’est dans un premier temps enquis de ce que sont devenus les ex-espions communistes puis s’est informé des techniques et procédures mises en place par les Allemands afin de recomposer les documents réduits en morceaux. Car lorsque la République démocratique allemande implose en 1989, Erich MIELKE, le tout-puissant tsar du Ministerium für Staatssicherheit, ordonne la destruction des dossiers les plus compromettants. Manque de temps, pénurie de destructeurs automatiques : les autorités ouest-allemandes récupèrent peu après 16 000 sacs contenant 600 millions de fragments résultant de la destruction hâtive de 45 millions de documents. Initialement, les morceaux de ce puzzle géant sont traités manuellement avec un rendement extrêmement faible, suite à quoi le système informatisé de recomposition automatique E-puzzler prend le relai. Quelle est l’étendue de la tâche à laquelle les nouvelles autorités égyptiennes vont être confrontées ? A l’instar des nervis de la Stasi, ceux du SSIS étaient bel et bien occupés à déchirer puis à brûler les archives lorsque la foule a fait irruption dans les locaux de trois sites du service implantés au Caire et à proximité ainsi qu’à Alexandrie. Mansour EL-ESSAWY, un général qui a pris les fonctions de Ministre de l’Intérieur le 5 mars dernier, a cependant précisé que si de nombreux documents avaient effectivement été détruits, il existait des sauvegardes informatisées. Dans le courant de la deuxième quinzaine de mars, il a par ailleurs annoncé son intention de dissoudre le SSIS et de le remplacer par un nouvel organisme dont la sphère d’intervention sera réduite.
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