La sûreté des Jeux Olympiques

© Jean-Jacques CECILE, 30 novembre 2011



En Grande-Bretagne, les chiffres concernant les Jeux Olympiques d’été (27 juillet au 12 août 2012 mais le parcours de la flamme débutera dès le 19 mai) suivis des Jeux Paralympiques (29 août au 9 septembre 2012) s’affolent : 205 pays représentés, 120 chefs d’Etat faisant le déplacement, 50 000 journalistes présents, plus de 10 millions de tickets d’entrée à vendre, 34 sites de compétitions, des centaines de milliers de collaborateurs volontaires et une multiplication des séances de retransmission sur écrans géants. L’ensemble promet d’induire le déroulement de la plus importante opération de sûreté de tous les temps. D’ores et déjà, les barbouzes du MI5 (Security Service, organisme de contre-espionnage et de sûreté intérieures) ont été prévenus : sauf exception rarissime, pas question de prendre le moindre jour de congé. Quatre types de menaces ont été hiérarchisés : attentat mené par al-Qaeda ou par un groupe djihadiste organisé, attentat mené par un “loup solitaire” auto-radicalisé (type Anders Behring Breivik à Oslo), attentat mené par un groupe républicain irlandais dissident et enfin attentat mené par un groupe étranger voyant là une opportunité de frapper une cible humaine (chef d’Etat) jugée légitime. Dans un tel contexte, les agents du MI5 s’attendent à ce que les fausses pistes se multiplient au fur et à mesure que l’événement se rapprochera. Ils ont du reste inventé un acronyme pour caractériser le phénomène : CRAPINT, abrégé sauce anglo-saxonne de crap (littéralement conneries) et intelligence (renseignement). De son côté, le Special Air Service fourbit son dispositif. L’unité va utiliser des canots semi-rigides via la Tamise afin d’éviter tant que faire se peut les embouteillages et ses détachements seront placés en alerte dans un “bunker” situé sur les docks en un endroit tenu secret. L’entraînement contre-terroriste a par ailleurs été réorienté vers la prise en compte d’une menace de type Bombay (POMM pour Prises d’Otages Massives Multiples) et les plans du village olympique ont été stockés dans les ordinateurs afin d’accélérer la planification puis le déroulement d’une éventuelle opération ; The Telegraph croit du reste savoir que le village en question a d’ores et déjà été le cadre d’entraînements à balles réelles. Le Ministry of Defence a quant à lui été prié de fournir 6 000 soldats qui s’ajouteront à 10 000 gardes de la société G4S. Une société à laquelle les autorités devraient recourir plus avant : ce ne sont plus maintenant 10 000 gardes qui sont jugés nécessaires mais 15 000 à 20 000 qui devront auparavant subir des enquêtes de sûreté. C’est là que le bât blesse. Une multiplication des gardes est théoriquement censée élever d’autant le niveau de sûreté mais l’application simple des lois statistiques amène à penser que plus les gardes seront nombreux, plus grand sera le risque que l’un d’entre eux, muni des sacrements lui permettant de s’introduire dans le saint des saints, ait auparavant succombé aux sirènes terroristes. Deux menaces émergent alors : une éventuelle infiltration de la société G4S soit par un “loup solitaire” auto-radicalisé soit par un “agent” émanant d’un groupe terroriste et expressément conditionné (acquisition préalable de la nationalité britannique, comportement accréditant une prise de distance d’avec les thèses intégristes, etc.) dans le but d’être adoubé par une enquête de sûreté dont on peut craindre qu’elle ne soit que succincte. Autre menace enfin : que la mobilisation des services de sûreté autour des Jeux Olympiques n’éclaircisse par ailleurs les rangs des forces assurant habituellement la sûreté d’autres objectifs terroristes potentiels, les transformant ainsi en autant de soft targets (cibles peu défendues) plus vulnérables que de coutume.