Les leçons tirées du conflit libyen

© Jean-Jacques CECILE, 02 décembre 2011



Les canons s’étant à peine tus à Tripoli, états-majors comme médias spécialisés occidentaux s’attachent à tirer les premières leçons du conflit. Du côté de Flight International, Craig HOYLE examine ainsi le rôle tenu par les AH-64 Apache britanniques ayant traîné leurs pales sur les côtes nord-africaines. Vu de Londres, les préoccupations concernent surtout l’adaptation des machines à leur utilisation à partir d’une plateforme navale (25 missions entre les 29 mai et 24 août depuis l’HMS Ocean pour les engins de l’Army Air Corps). La pérennisation d’un tel emploi impose des modifications techniques : renforcement du frein sur le rotor principal (résistance aux vents violents), ajout d’un système de flottaison ainsi que d’un système d’éjection de la verrière (cas d’amerrissage forcé), ajout d’un transpondeur (guidage automatique pour le retour vers le navire porteur) et enfin batteries d’une capacité supérieure (actuellement, elles n’assurent la puissance électrique que pendant un laps de temps de 6 minutes en cas de panne du système produisant l’électricité). Robert WALL a quant à lui interrogé au profit d’Aviation Week le général de brigade italien Silvano FRIGERIO, entre autres chef du bureau chargé du ciblage pour les opérations de l’OTAN contre les objectifs libyens. Le képi étoilé transalpin a insisté sur la nécessité de réfléchir à l’éventuelle acquisition d’appareils légers de contre-insurrection susceptibles d’être mis à contribution lorsque les défenses antiaériennes de l’ennemi du moment sont réduites à néant ou presque. Pour le personnage étoilé, les plateformes aéroportées sophistiquées telles que l’Eurofighter, le Rafale ou le Tornado sont à l’emploi d’un coût prohibitif qui obère par trop la possibilité d’intervenir durablement avec des forces conséquentes lors d’un conflit. La solution ? Une flotte composite où des appareils high-tech utilisables contre un ennemi high-tech voisinent avec des avions plus abordables économiquement compatibles avec un emploi dans un environnement permissif. D’autres besoins sont distingués par le général FRIGERIO : munitions moins puissantes réduisant les risques de dommages collatéraux, augmentation drastique des moyens de reconnaissance et de renseignement propres à l’Alliance (durant le conflit, 80 % des informations utilisées par l’OTAN provenaient des Américains) ou encore création d’un “centre d’excellence” pour le ciblage. Dans l’hexagone, Nathalie GUIBERT a relayé dans les pages du journal Le Monde les propos du général PALOMéROS, chef d’état-major de l’Armée de l’Air, qui a regretté de ne pas avoir disposé d’un plus grand nombre de drones catégorie MALE (Moyenne Altitude, Longue Endurance). Sans doute il y a-t-il cependant une erreur d’interprétation de la part de la journaliste lorsqu’elle écrit que le CEMAA « regrette de ne pas avoir pu déployer de drones de Moyenne Altitude Longue Endurance ». Entre autres, un communiqué émanant du ministère de la Défense et daté du mercredi 24 août précise en effet qu’un engin Harfang a bel et bien été utilisé dans le cadre de l’opération Harmattan depuis la base aérienne de Sigonella, en Sicile, effectuant un premier vol opérationnel le même jour.